La financiarisation de l’économie détruit les emplois

Je découvre qu‘il y a encore certains dogme économique qui sont très ancrés. Comme celui de croire qu’une personne qui a de l’argent va l’investir dans l’économie et donc créer des emplois.

Non, ce n’est pas ainsi. C’était peut être vrai du temps où l’économie était majoritairement industrielle.

Mais depuis 25 ans, l’économie est majoritairement financière.

Investir ne signifie plus créer de l’emploi.

Investir signifie acheter des produits financiers.

Comme l’explique Bernard Lietaer, actuellement 97% des flux financiers sont de la spéculation. L’argent ne va plus dans l’économie réelle. Celle qui emploie des gens.

Il faut licencier quand tout va bien

UBS par exemple.. n’arrête pas d’automatiser son travail et de reporter le boulot sur les clients avec le e-banking… la banque se développe… mais n’arrête pas de supprimer des emplois.. 12 000 en 2012…. et au moment de l’annonce.. sa cote en bourse monte.. par ce que les actionnaires voient un profit dans le fait de virer des gens…
http://www.rts.ch/info/economie/4387853-l-action-ubs-portee-par-les-rumeurs-de-licenciements-massifs.html
 
depuis 2007, c’est 20 000 emplois sur 83 000 qui ont disparus chez UBS:
 UBS licenciement
Autre banque mêmes pratiques…
Février 2015: Bénéfice en hausse de 96% chez Julius Baer
=> 200 postes biffés !
Ainsi c’est plus de 2 milliards gagné.. et les actionnaires reçoivent 1.- au lieu de -.60 de dividende par action.
banque julius baer licencie
.. et c’est pas que dans les banques.
« UPC Cablecom a vu son chiffre d’affaires augmenter de 4,6% l’année dernière pour atteindre 1,294 milliard de francs.« 
=> Cablecom supprime 250 emplois !
C’est pour être plus compétitif au niveau international… donc dans ce domaine aucun autre actionnaire ne va dépenser son argent pour créer de l’emploi.… toutes les entreprises réduisent le nombre d’employés… car c’est ça coûte cher dans une entreprise.
 
cablecom licencie 2015
Dans la fabrication de fenêtres..
4 mars 2015: « Le spécialiste en équipements du bâtiment AFG Arbonia- Forster a dégagé un bénéfice net de 15,1 millions en 2014, le premier en quatorze ans. Ce bon résultat ne va pas empêcher la holding de se séparer de 150 à 200 employés au sein de sa filiale EgoKiefer« 
ego kiefer licencie
 
=> Quand on ne fait pas de bénéfice on engage… quand on en fait on licencie..
 
Le mieux dans cet article: « Le site de Villeneuve n’est pas concerné« …
 
.. et hop.. le 13 août on apprend que « Le fabricant de fenêtres EgoKiefer, AFG va transférer la production du site de Villeneuve (VD) vers Pravenec en Slovaquie.« 
Egokiefer délocalise août 2015
=> en effet.. les employés ça coûte… et quand on peut pas les supprimer… on les déplace là où la main d’oeuvre est moins chère…
Certains disent que la rationalisation ainsi faite, permet de dégager de plus gros bénéfices pour les actionnaires ce qui permet à ces derniers de ré-investir dans l’économie….
Pour une startup peut être… mais quand une entreprise atteint une taille critique, elle investi dans les produits financiers.. pas dans les humains, ça rapporte beaucoup plus.. et avec les ennuis en moins (syndicats etc…)
 
Et.. ça fait 25 ans au moins que ça dure…
proportion flux financiers économie réelle et économie financière
 
Les grosses entreprises font plus d’argent avec leurs placements financiers qu’avec leur métier de base. => Elles n’hésitent plus à licencier quand tout va bien.Voir « La dynamique de l’économie financière ». (Olivier Crevoisier UNINE)

http://www2.unine.ch/files/content/sites/socio/files/shared/documents/publications/workingpapers/wp_2007_03_f.pdf 

Les entreprises licencient quand tout va bien ! C’est le constat qui a lancé la carrière cinématographique de Michael Moore en 1989 avec son film « Roger et Moi »…
 
Le Roger en question était le président de General motor qui a décidé de licencier 30 000 personnes à Flint… parce que tout va bien et qu’on pourrait faire encore mieux…. Cette décision à conduit à faire de Flint une ville fantôme… 30 000 sans emplois sur une population de 150 000 … c’était un choc trop gros à supporter..
 
Flint michigan ville fantôme
Foxconn, l’entreprise d’assemblage électronique se développe beaucoup ces dernières années… surtout grâce à la fabrication d’iPhone…
Du coup comme dans la fable de votre monde… foxconn engage des empoyés…. actuellement 1.3 million !!!
Electronics_factory_in_Shenzhen foxconn
… mais voilà certains de ces employés ne supportent pas les conditions de travail… et se suicident… c’est le foxconngate…
 
Du coup Foxconn veut remplacer au moins 1 millions d’employés par des robots... même si ça coûte plus cher…
 
«  Certes, les robots que nous implantons coûtent de 20 000 à 25 000 dollars l’unité en moyenne, bien plus que les salaires unitaires des ouvriers. En revanche, ils fournissent manifestement un bien meilleur travail que nos ouvriers qui manquent de docilité et de rigueur. Leurs salaires ne cessent pourtant d’augmenter. Ils ont plus que triplé en trois ans. Ainsi, les robots vont vraiment permettre à Foxconn de booster ses cadences pour répondre à la demande occidentale mais aussi asiatique en iPhone qui ne fait qu’augmenter. Cela va vraiment permettre à Foxconn de rentrer dans l’ère de la pointe au niveau technologique. « 
 
Foxconn a un objectif annoncé en février 2015:
70% du travail fait par des robots pour dans 3 ans !
robots-foxconn
 
« investissement ne veut pas dire créer des emplois… loin de là… »
 
Qui va construire les robots ? .. et bien Foxconn évidemment !
(même si c’est google qui fourni le soft qui pilote les robots)
« Les technologies de l’information nous permettent d’atteindre une très bonne croissance économique sans augmentation du nombre d’emplois. Je crois que nous vivons aujourd’hui une des dernières périodes dirigées par le travail.« 
Jeremy Rifkin le défend dans son livre The End of Work, il n’y aura plus d’emplois, même dans les « bons moments ».
Le World Economic Forum de Davos début 2016 a été consacré à la 4ème révolution industrielle.
Voici ce que l’on trouve dans un article du journal Le Temps intitulé « Ce qu’il faut retenir du WEF« :
Dans un rapport basé sur un sondage mené au sein de 366 entreprises représentant 13 millions de salariés, le WEF indique de son côté que 5 millions d’emplois sont menacés par la quatrième révolution industrielle dans les cinq ans qui viennent.
Voici pourquoi il nous faut actuellement mettre en place un Revenu de Base Inconditionnel. Ça ne va pas résoudre tous les problèmes, mais au moins on assure l’essentiel, on assure que toute personne puisse vivre, vu que le système du « plein emploi » qui assurait la subsistance est mis en danger.
Le 5 juin votez OUI pour nous offrir la possibilité de mettre à jour notre société afin de relever les défis du XXIème siècle.

Passer d’un logique d’assurance à une logique d’existence

Souvent, dans le débat sur le Revenu de Base Inconditionnel, j’entends des gens dire que le « Revenu », c’est péjoratif. Que c’est créer une logique d’assistés qui vivent de leur rente. Ils justifient ainsi que le Revenu de Base Inconditionnel est une mauvaise idée et que seul le travail compte.

Pour répondre à ceci remontons dans le temps d’environ 200 ans.

Etudions la vision de Thomas Paine qui proposait l’idée du Revenu de Base Inconditionnel dans son contexte.

L’économie était beaucoup moins monétaire. Ainsi il présentait l’idée de donner à chaque personne un lopin de terre de base. C’était ça le « revenu » de l’époque.
Une ressource qui permet de vivre.
Actuellement je le vois toujours ainsi. Le Revenu de Base Inconditionnel est une ressource en temps et en argent pour se créer son propre emploi. Le but n’est pas de vivre de cette rente uniquement, mais de la faire fructifier.

C’est la ressource pour se construire ou acquérir la canne à pêche qui nous permettra chaque jour de pêcher et de manger du poisson.

Le système d’assurance qui a été développé jusqu’ici donne le minium pour vivre.. il donne le poisson.. mais ne permet pas vraiment de s’en sortir… il force à rester dans un état de dépendance à celui qui donne le poisson.

Le Revenu de Base Inconditionnel est en cela vraiment émancipateur.

C’est là qu’est le coeur du grand changement proposé par le Revenu de Base Inconditionnel.

…. et là le débat avance comme le montre cet extrait du discours du conseiller Fédéral Alain Berset devant le conseil des Etats:

« Certes il est possible que, dans cette construction (du système sociale actuel), la logique d’assurance l’ait un peu trop emporté sur la logique d’existence. Et ce que propose l’initiative, c’est un renversement de ce principe, soit sortir d’une logique d’assurance pour se diriger vers une logique d’existence. « 

Source: le pv de la séance du conseil des Etats du 17 décembre 2015.

revenu de base inconditionnel conseil fédéral

Ça fait plaisir de voir que même si le conseil fédéral est toujours opposé à l’idée de mettre en place un Revenu de Base Inconditionnel, l’idée que le système actuel est un peu trop axé sur la logique d’assurance fait son chemin.
En effet, il me semble plus sage de prévenir les problèmes que de les résoudre seulement une fois qu’ils sont là !

C’est simplement ça le Revenu de Base Inconditionnel: prévenir au lieu de guérir.

 

 

Par |décembre 21st, 2015|Motivation|0 Commentaire

Quand Martin Luther King défendait le Revenu de Base Inconditionnel

I have a dream…. C’est le début d’un des discours les plus connus du monde…. c’était un discours de Martin Luther King.

Une partie de son rêve… c’était que tout le monde puisse avoir une revenu garanti suffisant pour vivre.

Voici l’extrait d’un discours dans lequel Martin Luther King milite pour le Revenu annuel Garanti. Un cousin du Revenu de Base Inconditionnel.

Les expériences de Revenu Garanti aux USA

Le débat autour du Revenu de Base Inconditionnel qui existe en Suisse depuis quelques années a déjà eu lieu aux USA dans les années 1960-70.

Dr. Martin Luther King, Jr. et le president des USA Lyndon Johnson lors d'une rencontre  en mars 1966 à propos du Revenu Garanti.

Dr. Martin Luther King, Jr. et le president des USA Lyndon Johnson lors d’une rencontre en mars 1966 à propos du Revenu Garanti.

Martin Luther King militait pour un Revenu Garanti afin d’éliminer la pauvreté.

Comme de nos jours la grande question se posait:
« Est-ce les gens vont continuer à travailler s’il ont un Revenu garanti ? »

La seule manière de le savoir était de lancer des expériences.

En 1968, les économistes (parfois Nobel d’économie!) Robert Lampman, Harold Watts, James Tobin, John Kenneth Galbraith, Paul Samuelson et plus de 1 200 économistes de bords politiques différents ont envoyé au Congrès américain une pétition en faveur d’un programme de revenu garanti. (GAI : Guaranteed Annual Income)

Des expériences ont été lancées à Denver et Seattle entre 1968 et 1982  avec 4800 familles pour savoir si les gens arrêtent de travailler ou non avec un Revenu Garanti.

Conclusions:

  • Les hommes ont baissé leur temps de travail de 2 semaines par an.
  • Les femmes ont baissé leur temps de travail de 3 semaines par an, pour s’occuper un peu plus de leur enfants
  • Les jeunes ont baissé leur temps de travail de 4 semaines par an pour avoir plus de temps pour étudier.

La pétition a débouché sur une proposition par le président Nixon d’introduire un programme de revenu garanti: Family Assistance Plan-FAP

La proposition a été acceptée en avril 1970 par le congrès par 243 voix contre 155 !!

… mais… refusée par le Sénat. Elle repasse en 1972, mais encore une fois est refusée au sénat. Les opposants sont autant des gens qui trouvent le programme trop cher, que des progressistes qui trouvent le montant pas assez élevé !

En Suisse le texte de l’initiative pour un Revenu de Base Inconditionnel, vise à ancrer le principe dans la constitution, mais pas à définir un montant précis. Ainsi ne faisons pas la même erreur qu’aux USA… ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Faisons passer le principe, puis il sera largement temps de parler du montant et du financement du Revenu de Base Inconditionnel.

 

Le Revenu de Base Inconditionnel pour dynamiser les régions périphériques

Dans cet article je vais vous montrer pourquoi le Revenu de Base Inconditionnel est bon pour dynamiser les régions périphériques tout en faisant baisser la pression sur le marché de l’immobilier des grandes agglomérations.

Disparités du coût de la vie en Suisse

Quand on tente d’évoquer ce que pourrait être le montant d’un Revenu de Base Inconditionnel en Suisse. Le montant de CHF 2500.- est souvent évoqué. (notamment par ce qu’il a été popularisé par une manchette du journal Le Matin)

manchette journal Le matin initiative revenu e base inconditionnel

Le texte de l’initiative quand à lui ne précise pas de montant. Il tente de le situer par cette phrase:

« Le revenu de base doit permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique. »

Ce qui situe le montant du Revenu de Base Inconditionnel au dessus du seuil de pauvreté (~ CHF 2200.-) et un petit peu plus…

A l’évocation d’un montant de CHF 2500.-, les réactions sont diverses, si je caricature à peine, les genevois tire la gueule… « C’est pas possible de vivre avec CHF 2500.- à Genève »…. et les Chaux-de-Fonniers trouvent ça génial…..

C’est là que l’on observe les grandes disparités du coût de la vie en Suisse. Un classement du journal THE Economist indique que Zurich et Genève sont les villes les plus chères du monde, suivies de Singapour, Paris et Oslo. New York n’est qu’en 22 ème position, même si en moyenne les NewYorkais dépensent 58% de leur salaire pour se loger !

Dans un autre registre, l’initiative pour un salaire minimum fixé dans la constitution avait aussi montré en mai 2014 que définir un montant fixe d’un salaire minimum pour toute la Suisse est très difficile et n’est pas adapté aux disparités régionales. C’est une des raisons pour laquelle cette initiative a été largement balayée.
(En passant, on peut aussi inciter à augmenter les bas salaires mais sans contraindre les gens à l’aide du Revenu de Base Inconditionnel…)

Pour illustrer les disparités du coût de la vie en Suisse, voici un aperçu des prix des loyers en Suisse:

cartes des loyers en suisse

Du coup, certaines personne s’opposent au Revenu de Base Inconditionnel seulement parce qu’elles jugent qu’un montant qui n’est qu’une proposition (!) n’est pas assez élevé!

Ce n’est pas sur le montant que l’on va voter. Donc je conseille à toute ces personnes d’attendre que le principe soit ancré dans la constitution pour militer en faveur d’une loi qui défini un montant juste.

Et si on renversait le problème ?

Il y a actuellement des milliers des personnes qui déménagent pour trouver un emploi. Pourquoi est-ce qu’il n’y aurait pas aussi des gens qui déménagent pour vivre mieux avec leur Revenu de Base Inconditionnel ?

En effet, si le fait de vivre n’est plus conditionné par le fait d’avoir un emploi. Il est possible d’aller vivre où l’on veut et même de se créer son emploi où l’on veut.

Cela fait des décennies que les régions périphériques se vident des jeunes qui vont chercher un emploi ailleurs, souvent dans les grandes agglomérations.

Du coup, les campagnes ont un tissu économique qui diminue et les grandes agglomérations voient les loyers prendre l’ascenseur, un marché de l’immobilier saturé et des infrastructures de transports surchargées.

Permettre à des gens de vivre où bon leur semble, et pas uniquement où il y a des emplois permet de résoudre de nombreux problèmes autant pour les campagnes que pour les villes.

t-shirt les bayards

Avec le Revenu de Base Inconditionnel, l’argent va là où sont les gens, et non pas forcément là où sont les emplois.

Le Revenu de Base Inconditionnel pour dynamiser les régions périphériques

Le Revenu de Base Inconditionnel est un excellent moyen de favoriser les métiers utiles mais peu rémunérateurs. Ainsi, si je veux ouvrir un restaurant ou une petite épicerie dans mon village en pleine campagne, j’aurai actuellement nettement moins de clients que si je vais en plein centre ville de Genève. Il sera plus difficile voir impossible pour moi de vivre de ce travail, de cette contribution à la société.

ferme St-Hubert les émibois

Avec un Revenu de Base Inconditionnel, je suis assuré d’avoir de quoi vivre, ainsi je peux oser créer mon entreprise, développer mon activité dans une région périphérique. Avec cette activité je peux fournir un service à la société et gagner un revenu pour compléter mon Revenu de Base Inconditionnel.

Ainsi avec un tel système je peux avoir un revenu global qui est tout à fait correct et permet de vivre bien tout en dynamisant le tissu économique local.

Et comme souvent ce genre d’initiative fait boule de neige, le monde attire le monde. Si je sais qu’il y a un restaurant et une épicerie, je suis plus à même d’y installer mon entreprise de menuiserie.

Actuellement il y a de nombreux villages où il ne reste plus qu’agriculteur comme emploi local. Pourquoi ? Tout simplement par ce que les agriculteurs ont une sorte de Revenu de Base Inconditionnel avec leur paiement direct !

Voilà donc comment le Revenu de Base Inconditionnel peut aider à dynamiser les régions périphérique et baisser les loyers dans les grandes agglomérations.

Pour en savoir encore plus sur le Revenu de Base Inconditionnel et sa puissance de transformation positive de notre société, je vous invite à parcourir les 10 étapes de la piste vita du RBI…

 

Le Revenu de Base Inconditionnel sur les ondes à Bienne

Le magazine de la rédaction de la radio biennoise Canal3, a diffusé chaque jour entre 3 et 5 minutes d’interview à propos du Revenu de Base Inconditionnel pendant la semaine du 23 au 27 février 2015.

Voici ces interviews:

Bonne écoute et n’hésitez pas à poser vos question dans les commentaires ci-dessous…

 

Revenu de base pour les enfants

Maintenant que l’initiative pour un revenu de base inconditionnel a été déposée, il convient de répondre aux nombreuses objections qui ont été avancées à son égard.

L’une d’elles concerne le cas des enfants : quel revenu de base faut-il attribuer aux enfants et selon quelles modalités ?

enfants revenu de base

Une recherche rapide sur le web francophone montre que cette question n’est pour l’instant pas abordée avec tout le sérieux qu’elle mériterait. Tout au plus, lorsque cette question est mentionnée, un montant de la moitié ou du quart de celui attribué aux adultes est juste proposé en vitesse, en passant. Je n’ai trouvé qu’un article sur le site du syndicat Syna  « … il sera évolutif pour les enfants et les jeunes… », mais sans entrer dans plus de détails.

Ce peu d’intérêt pour cette question est-il lié à un manque d’intérêt des partisans du RBI ou à la nature particulière de la relation enfant-argent telle que la perçoit la société ? Mon avis est que cette question n’est généralement soulevée que dans le contexte de la question du financement du RBI et qu’il est tentant de simplifier les aspects complexes par des approximations. Il est effectivement pratique de considérer le revenu de base d’un enfant comme étant une fraction de celui d’un adulte, afin de déterminer le montant global que cela représenterait.

Mais cette simplification à outrance, sans même mentionner que la réalité est plus complexe, laisse penser que l’on envisage véritablement d’attribuer cette fraction uniformément de la naissance de l’enfant jusqu’à sa majorité. Or une telle approche produirait de nombreux effets pervers que les opposants au revenu de base ont déjà dénoncés.

Sur mon blog, j’ai écrit un article intitulé « Revenu de base inconditionnel : quid des enfants ? » qui a l’ambition de proposer un modèle d’application du RBI aux mineurs qui soit exempt de ces effets pervers et pas trop éloigné des pratiques actuelles de l’apprentissage de l’indépendance financière.

Revenu de Base Inconditionnel distribué progressivement aux enfants

Revenu de Base Inconditionnel – une conscience d’abondance

Vers une conscience d’abondance

La conscience d’abondance est un vision du monde partagée par une part de plus en plus large de la population et analysée par de nombreux écrivains1 ou philosophes. Elle trouve tous son sens dans cette phrase de Ghandi : «Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. »

La conscience de l’abondance s’oppose à la conscience de la rareté. Alors que la rareté amène à la compétition et ses différentes formes de pouvoir et de domination (guerres, colonialisme, exploitation), l’abondance nous amène vers la solidarité, le partage, le don. Surtout, la rareté nous fait cultiver la peur de manquer au quotidien, alors que l’abondance nous permet de vivre la confiance en la vie. Cela peut sembler utopique, mais philosophiquement au moins, il ne fait aucun doute que l’abondance est empreinte de plus de vertus positives.

Le Revenu de Base Inconditionnel s’inscrit directement dans cette logique de l’abondance : Si je n’ai pas peur de manquer demain, je peux plus facilement partager ce que j’ai aujourd’hui. Et peut-être cela me servira-t-il un jour à moi aussi. C’est le principe de l’assurance, si chère au peuple helvétique, sauf que là c’est une assurance Vie (avec un grand V).

Nombreux sont ceux qui vivent encore dans la conscience de la rareté. Et nombreux sont ceux qui ont tout intérêt à nous y garder. Ainsi, dans l’une de ses publication, Avenir Suisse qualifie la conscience d’abondance d’ « oppression morale » (sic!). Elle y souligne à juste titre que le rôle de l’économie est d’affecter les ressources rares, et que si elle n’a pas disparu c’est bien parce que nous sommes dans un contexte de rareté. Elle en oublie de dire que des sommes importantes sont utilisées pour nous maintenir dans cet état de manque, à travers la publicité2. Car manquer nécessite d’avoir conscience que nous pourrions avoir plus. Si nous n’avons pas cette conscience, nous n’avons pas de manque non plus.

Bien sûr, le progrès, la consommation et la pub nous ont amené plus de confort… un temps. Qu’en est-il aujourd’hui ? Notre bien-être continue-t-il de grandir à travers l’acquisition de nouveaux objets ? Ne cherchons nous pas plutôt quelque chose d’immatériel comme du temps social, de belles relations humaines ou de la reconnaissance de notre entourage ou de notre société3 ?

Selon Avenir Suisse, les prix devraient tendre vers zéro si l’on était dans un contexte d’abondance… en sommes-nous si éloigné ? Quel serait le prix d’une voiture4 aujourd’hui si on lui ôtait tout ce qui a été rajouté ces dernières années (vitre électrique, assistance au parcage, sièges chauffants, phares automatiques, verrouillage centralisé…) ? Certains appellent ça confort, je le nomme abrutissement5.

La conscience d’abondance n’a rien d’immoral. L’introduction d’un RBI nous permet de sortir du modèle de la croissance à tout prix tout en continuant de maintenant la circulation des capitaux6. En nous libérant du joug de la consommation, elle préserve les ressources de la planète et cesse de faire de nous des modèles que veulent imiter les pays en voie de développement. Grâce à la conscience d’abondance, nous consommons ce dont nous avons besoin, et pas ce que nous pourrions avoir besoin et qui ne sera peut-être plus disponible demain.


1 Lire entre autre « Les Aventuriers de l’Abondance », de Philippe Derudder

2 500 millards de dollars en 2010, un secteur en forte augmentation avec un taux de croissance annuel moyen de 6,5 %. – Source : Wikipedia

3 Dans un documentaire sur une grande banque, une employée disait que peut lui importait ce qu’elle gagnait, pourvu que ce soit plus que son collègue : c’était pour elle la façon de mesurer sa place dans la hiérarchie et de s’assurer de la reconnaissance de son employeur.

4 Lorsque Ford introduisit la Ford T en 1911, une voiture valait plus d’une année de salaire.

5 Dans le sens que nos différentes formes d’intelligences sont de moins en moins mises à contribution : l’aide au parcage par exemple ne nécessite plus que nous sachions utiliser notre intelligence spatiale.

6 Voir mon autre texte, « le coût du RBI »